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LETTRE OUVERTE A MONSIEUR LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE DU CAMEROUN

LETTRE OUVERTE A  MONSIEUR LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE DU CAMEROUN SUR LES ERREMENTS DE LA POLITIQUE D’ENDETTEMENT DU CAMEROUN.

Monsieur le Président de la République,

En prélude  au  3è  sommet du Forum de Coopération Chine-Afrique  (FOCAC), le vendredi 31 août 2018, vous avez signé à Beijing avec le gouvernement chinois des memoranda d’entente (MOU) pour le financement de certaines infrastructures . Vous avez aussi sollicité à cette occasion que la Chine finance   tout ou partie des autoroutes  Yaoundé-Douala, Yaoundé-Nsimalen et Edéa-Kribi .

D’après la dernière note de conjoncture de la dette  de la Caisse Autonome d’Amortissement (CAA) publiée le 31 août 2018 , le Cameroun est endetté à hauteur  de 6527 milliards représentant 32% du PIB (produit intérieur brut) dont une hausse de 1108 milliards de francs CFA par rapport à la même période l’année dernière, où celle-ci était de l’ordre de 5 419 milliards de francs CFA, soit 28% du PIB.

Cette propension à l’endettement systématique est extrêmement préoccupante, bien que la Direction générale de la  Caisse autonome d’amortissement essaie de la relativiser  en estimant que  : « Avec un taux d’endettement de 32% du PIB au 31 mai 2018, le pays respecte la norme fixée en zone CEMAC  qui autorise un ratio de dette publique pouvant aller jusqu’à 70% du PIB ».

Or, il est bien évident que le Cameroun ne s’endette pratiquement pas dans  l’espace CEMAC pour que les normes de soutenabilité de la dette  à 70% retenues dans cette espace communautaire puissent être des indicateurs fiables de la solvabilité  ou d’attractivité du Cameroun.

La conscience de cet endettement massif et alourdi  ne vous aura certainement pas échappé lorsque vous avez, dans votre discours du 31 août 2018 à Beijing, demandé , à votre homologue chinois, l’annulation de la dette du Cameroun vis à vis de la Chine.

C’est ici le moment  de reconnaître que, malgré l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative pays pauvres très endetté (PPTE) en 2006, lequel aura permis l’effacement de la majeure partie du stock de notre dette extérieure, la politique  de financement de l’économie camerounaise pratiquée dès lors, est  un échec .

Comment comprendre qu’après une telle remise de  dettes tant multilatérales que  bilatérales, le Cameroun  puisse se retrouver à demander encore la charité auprès de ses partenaires ? Étant par ailleurs bien entendu que toute posture constante d’un débiteur sollicitant régulièrement des remises de dettes  est un très mauvais signal donné aux investisseurs sur la solvabilité du Cameroun et sa capacité à honorer ses engagements.   En outre, il y a lieu de s’interroger sur l’utilisation judicieuse de cet endettement effréné, qui par ailleurs, condamne les générations futures précisément nos enfants qui devront supporter des engagements financiers qu’ils n’auront pas contractés.

A titre illustratif, les surcoûts de certains projets hydroélectriques  qui pèseront plutôt lourdement sur notre service de la dette sans une réelle corrélation avec leur productivité attendue. En Octobre 2017, dans sa note de conjoncture de la dette publique la Caisse Autonome d’Amortissement indiquait que les Soldes Engagés  Non Décaissés (SEND), autrement dit les emprunts extérieurs oisifs, entendues les dettes que le Cameroun contracte et dont l’argent n’est pas débloqué parce que les projets sont  immatures ou mal montés, s’élevaient à plus  de FCFA 5000 milliards. Plus grave, le Cameroun paie de lourds intérêts de certains emprunts non encaissés.

A cet effet , il est juste de conclure que la politique des projets à financements extérieures (FINEX) adopté n’a pas été  le modèle économique adéquat pour un pays comme le Cameroun. Il aurait été plus judicieux en analysant des agrégats économiques, culturo-sociétaux  de constater que les énormes potentialités naturelles et humaines  du Cameroun adhèrent plutôt au modèle économique basé sur l’investissement capitalisant lui-même axé sur le développement des mécanismes de capital investissement en lieu et place de l’endettement extérieur qui asphyxie et obère les finances publiques et surtout  plombe l’avenir des générations qui viendront après vous.

C’est cette orientation que nous avons adoptée dans notre programme économique pour le Cameroun des 05 prochaines années par une mobilisation et un drainage de l’épargne privée camerounaise  locale, celle  de la diaspora  et  des investissements directs étrangers, vers  un investissement étatique productif.

Il s’agira  donc d’attirer les investisseurs  à travers les mécanismes  de capital-innovation  par  des prises de participations dans de  nouvelles sociétés d’État porteuses de projets structurants ou encore de capital- développement afin d’ accroître le dynamisme de celles existantes par des recapitalisations ou des ouvertures de capital.  La politique de marginalisation des nationaux  dans les opérations de capitalisation des sociétés publiques ou de financement de projets a été fortement préjudiciable au développement d’une richesse purement camerounaise, alors que différents rapports  établissent l’existence considérable de fonds inactifs se manifestant  par une sur-liquidité des banques.

Veuillez noter Monsieur le Président de la République  que lorsque je serai élu le 7 octobre 2018, nous procéderons :

1- Au lancement par un panel de sociétés publiques à fort potentiel marchand comme EDC, SONATREL, SONARA, d’un emprunt obligataire convertible de 1 milliard d’euros appelé euro bonds soit FCFA 655 milliards par ailleurs pourvoyeur de devises  à l’intention de la diaspora camerounaise ;

2- A L’ouverture du capital d’une cinquantaine d’entreprises publiques et de projets à l’épargne locale camerounaise pour un montant de 500 milliards de Francs CFA.

L’avantage de ces instruments de levée de fonds étant de ne pas endetter l’État, mais de lui doter des associés dans des opérations d’investissements dans lesquels ils partagerons les dividende . Les sommes générées par  ces opérations seront affectées aux projets structurants productifs, conduits dorénavant par des entreprises publiques. Le Cameroun doit cesser dans les 05 prochaines années de s’appuyer sur les épargnes et les efforts financiers consentis par d’autres pays. Notre souveraineté en dépend.

Aussi, pour rationaliser les engagements financiers extérieurs de notre pays, des mesures suivantes seront prises :

1-Dans un délai stricte de 02 mois  (deux mois ) à compter du mois de novembre 2018,  un audit détaillé de la dette publique extérieure du Cameroun sera fait. Le but  étant de maîtriser exactement son montant exact en principal et intérêts, les remises effectuées, les échéances de remboursement, l’exécution des moratoires et autres échelonnements ;

2-  La relecture de toutes les conventions de financement ;

3- La  renégociation  avec les bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux de toutes les clauses léonines et modalités d’exécution incompatibles ou impertinentes qui y ont été insérées par exemple en cas  d’intérêts abusifs ou de refus de décaissement injustifié ;

4- L’établissement d’un calendrier  de remboursement de la dette publique ;

5- La suspension de nouvelles opérations d’endettement du Cameroun auprès des bailleurs de fonds  internationaux  jusqu’à ce que nous ayons exploré les autres sources de financement alternatifs moins contraignantes ;

6- La résorption des déficit publics  qui sont  une des causes  de notre endettement public, par la mise en place d’une véritable politique d’efficience budgétaire centrée sur  les  coupes budgétaires de l’ordre de 700 milliards sur le train de vie de l’État notamment sur son budget de fonctionnement exagérément dispendieux. Nous publierons à cet effet un document détaillé des postes où les coupes budgétaires  seront immédiatement opérées en commençant par le budget de la Présidence de la République, la dissolution puis la suppression du SÉNAT, la réduction du nombre de ministères à 15 avec un redéploiement des personnels des ministères concernés pour plus d’efficacité dans des structures plus adaptés, l’effet induit étant une diminution des postes de responsabilités avec les traitements y afférents,  le toilettage du tissu institutionnel de l’État marqué par la suppression des entreprises publiques et Établissements publics inutiles, la revalorisation et la fortification des chambres consulaires,  la réduction des frais de missions et autres évacuations sanitaires, la baisse des dotations sur les véhicules administratifs et le carburant etc.

Monsieur le Président de la République,

Votre politique d’endettement inconséquent est la traduction d’une triste réalité. La mal-gouvernance chronique,  est impropre aux investissements directs privés nationaux ou étrangers. Mais plus grave, elle gangrène la productivité de la dette.

Nous avons la solution.

Le 5 septembre 2018

Cabral LIBII

                                                                             Candidat à l’élection Présidentielle, Investi par le Parti Univers.

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